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Loïc Gaidioz / Luxation d'épaule

Interview Kairn/Kinescalade : entretien avec Loïc Gaidioz qui revient sur sa blessure à l'épaule qui l'a éloigné du circuit des compétitions internationales de bloc cette année.

La fiche Kinescalade sur la luxation de l'épaule

Kinescalade : Pour commencer, que t'es-tu fait exactement (diagnostic médical) ?

Loïc : Désolé, mais impossible de retrouver mes résultats ! Je pense les avoir donné à mon kiné...

Mais de mémoire, j’avais :

- la coiffe arrachée à environ 80 % ;

- le bourrelet glénoïdien* qui, soit a pété, soit est comme ça de nature, c'est-à-dire il n’y en a plus, les médecins n’arrivent pas à savoir ;

- et ils ont vu une micro-fracture dans l’omoplate je crois !

Kinescalade : Quand et comment est-ce arrivé ? À quelle date ? Progressivement ou non ? Sur quel type de mouvement ?

Loïc : C’est arrivé en mars 2007 sur la première étape de coupe du monde à Birmingham. À la base je suis hyperlaxe, c'est-à-dire que j’ai les ligaments pas très tendus, du coup mes articulations se déboîtent assez facilement. Rectifiez-moi si je me trompe !

Lors du 2ème bloc, j’ai eu un mouvement d’épaule (droite) à faire, mais le mouvement était configuré tel que je n’arrivais pas à enclencher le geste sans me déboîter l’épaule. J’ai essayé à plusieurs reprises de placer mon corps différemment, mais en vain, parce que mon épaule se déboîtait toujours ! Du coup, chose débile que j’ai faite, je suis retourné au mouvement critique, j'ai enclenché le mouve, je me suis déboîté l’épaule, puis j'ai tiré comme un mulet, j'ai remboîté mon épaule et fait les 2 mouves qu’il me restait à faire pour terminer le bloc ! No comment ! Après, j’ai continué mon circuit, avec les 4 blocs qu’il me restait à faire… Donc le soir, bobo… Je ne pouvais plus soulever une assiette, ni même mon bras.

Kinescalade : Te sentais-tu fatigué ? Avais-tu senti des signes avant-coureurs ? Penses-tu que certains éléments ont favorisé ta blessure ?

Loïc : Non, j’étais en forme, aucun signe de fatigue ni de blessure avant cette étape. Je me suis toujours déboîté les épaules, les poignets, les hanches avec mon hyperlaxité. Je vous rassure, ça fait très peu mal… sauf si on ne s’arrête pas à temps pendant le déboîtement et que l’on joue au couillon, comme je l’ai fait...

Kinescalade : Comment as-tu géré la blessure dans l'immédiat, le court terme, le moyen terme ?

Loïc : J’ai laissé pas mal de temps avant d’aller consulter (1 mois je pense), afin de voir si ça allait passer tout seul ! Donc après, j’ai fait de la kiné, des exams en pagaille (radio, IRM, échographie) pour finir par avoir un diagnostic après avoir fait un artro-scanner. Le médecin endort un peu l’épaule, prend une aiguille toute mignonne de 8 cm environ, met plein de produit (aucune idée de ce que c’était !) dans l’épaule afin que toutes les lésions soient visibles au scanner. S'il y a une fracture, on ne voit que le liquide qui s’est introduit dans l’os, si un ligament est mal attaché, on voit également du liquide à la place !

Donc après ce diagnostic, j’ai peut-être fait l’erreur de ne pas faire de musculation afin de renforcer mon épaule, mais je suis très mauvais élève : je savais que je serais allé dans une salle de musculation seulement les 3 premiers jours et qu'après, j’aurais arrêté ! J'ai décidé de me faire plaisir, et de me faire ma rééducation tout seul avec comme musculation, l’escalade. Je sais, ce n’est pas toujours comme ça, mais je pars du principe que si l’on fait quelques chose par plaisir, tout va tellement mieux ! Pour moi, la musculation aurait été trop une contrainte… Des fois, c’est sûr, on n’a pas le choix, et là, c’est différent. Le jour où je devrai me faire opérer, ce sera 45 jours avec le bras dans une espèce d’écharpe jour et nuit, 45 jours que dans la journée, et enfin 3 mois de rééducation (et là, pas le choix, muscu !) ; et donc le premier 4sup, 6 mois après l’opération ! Pas cool.

Petzl Roc Trip Millau 2008 (crédit : Sam Bié)

Kinescalade : Comment as-tu géré la reprise (en combien de temps, progressivité, etc.) ?

Loïc : Dans un premier temps, j’ai pris pas mal de repos (2 mois), de toute façon, je n’avais pas le choix, et ensuite, j’ai fait beaucoup plus de falaise que de bloc, car beaucoup moins violent dans les mouvements. Ensuite, je suis parti en voyage pendant 7 mois, et là aussi, plus de falaise que de bloc… Petit à petit, je commençais à moins sentir mon épaule, elle se renforçait toute seule, donc tant que ça dure, je grimpe. De toute façon, d'après les chirurgiens avec ce que j'avais, il y avait une grande chance d'opération… Donc c’était comme je voulais. Ils m'ont dit : "Tu peux tenter de grimper, voir si ça se répare tout seul et au pire, ça lâchera une deuxième fois. Et là, se sera billard !" Donc, on va dire que j’ai recommencé à grimper 3 mois après ma blessure, et que j’ai commencé à pouvoir tirer un peu dans tous les sens, 8 mois après.

Australie (crédit photo : V. Beuque)

Kinescalade : Estimes-tu avoir tout récupéré ? Comment te sens-tu physiquement et psychologiquement par rapport à ton retour à haut niveau ?

Loïc : Pour l’instant, je touche du bois, mon épaule va très bien, je sens que c’est loin d’être tout retendu à l’intérieur, mais plus je peux retarder l’opération, mieux ce sera !

Mais c’est clair qu’il y a une bonne étape entre le moment où tu te dis que ton épaule va mieux, que tu n'as presque plus mal, et le moment où le cerveau est d’accord pour te laisser grimper et ne pas dire "aïe" avant d’avoir pris la prise !

Australie (crédit V. Beuque)

Kinescalade : Quels sont tes objectifs à venir ?

Loïc : Dernièrement j’ai refait quelques événement qui se sont très bien passés, entre autres le TAB, et pour la suite, je vais essayer de participer à la saison 2009 de coupe du monde de bloc.

Il y a peut-être des chances que j’aille à la dernière étape de coupe du monde de Moscou en novembre, afin de me faire une révision avant les préparations pour 2009. J’espère aussi avoir l’occasion de faire des voyages, pour continuer à découvrir des nouveaux spots, des nouvelles têtes, etc.

*Bourrelet glénoïdien (pour ceux que ça intéresse) :

Également appelé labrum glénoïdal, le bourrelet glénoïdien est un anneau de cartilage fibreux fixé sur le pourtour de la glène de l’omoplate, qui est la cavité peu profonde d’un os, située au niveau d’une articulation. Par son action, il agrandit cette cavité, augmentant la couverture de la tête de l’humérus. Son élasticité lui permet également une meilleure stabilité et lubrification de l’articulation.

 

Commentaire de Jocelyn /Kinescalade :


La luxation de Loïc présentait des complications importantes : arrachement de la coiffe et décollement du labrum. Ces lésions auraient normalement nécessité dans un premier temps une bonne immobilisation suivie d’une rééducation appropriée. Loïc a préféré se rééduquer tout seul, cela lui a certainement pris plus de temps que s’il avait été pris en charge. Mais son raisonnement « que si l’on fait quelque chose par plaisir, tout va tellement mieux ! » n’est pas à négliger. Espérons que son épaule ne se re déboîte pas trop vite et qu’il pourra réaliser ses objectifs, car comme il le souligne, la chirurgie sera alors la seule solution pour stabiliser son épaule et les suites de cette chirurgie sont lourdes.

Sans jeter la pierre à Loïc, je souhaite insister sur le fait que se rééduquer ne consiste pas seulement à faire du renforcement musculaire, et qu’il y a tout un travail spécifique de prise de conscience de certains mouvements, de certaines sensations, de certains petits gestes précis que seul le travail du kinésithérapeute peut vous apporter. Plein de petits « plus » qui forment un gros « tout » que l’on nomme rééducation. Cette rééducation est, dans le cas des luxations d’épaule, un élément essentiel de la prévention des récidives. Et les récidives sont très fréquentes, malheureusement.

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