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Luxation d'épaule

Jocelyn-William LOUBRIAT

Définition

L’épaule est une région complexe composée de plusieurs articulations.
Lorsqu’on parle de luxation de l’épaule, on parle de la luxation de l’articulation scapulo-humérale (entre l’omoplate (= scapula) et l’humérus). Il s’agit d’un déboîtement de la tête de l’humérus qui sort de son emplacement.

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Image radiographique d'une luxation
source Wikipedia Commons

 

Si l’articulation a une tendance à se luxer facilement, ou si les structures devant la maintenir sont distendues, on la qualifiera d’« instable », on parlera aussi de « laxité ».

 

 

Anatomie - physiologie

L’articulation scapulo-humérale est composée par la glène (surface articulaire de la scapula), le labrum (fibro-cartilage appelé également bourrelet glénoïdien) et la tête humérale.

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Anatomie de l'articulation scapulo-humérale

 

Contrairement à la hanche qui est une articulation congruente à vocation de stabilité (c’est-à-dire dont les éléments s’emboîtent profondément), l’épaule a une vocation de grande mobilité, qui se fait au détriment d’une stabilité parfaite (articulation non congruente). Celle-ci est assurée principalement par les muscles de la « coiffe des rotateurs » (petit rond, infra-épineux, supra-épineux, subscapulaire). Ces muscles assurent la coaptation des éléments articulaires susmentionnés.

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Muscles de la coiffe
de dos et de face

 

L’articulation scapulo-humérale fonctionne chez les êtres humains « normaux », soit pour déplacer un objet dans l’espace (port de charge, mais aussi lancer = chaîne ouverte), soit pour s’appuyer ou se tenir (= chaîne fermée), rarement pour se suspendre (= chaîne fermée ou ouverte mais en inversion de point fixe).
Chez les homo-grimpus, la suspension est le mode de déplacement principal ce qui implique une sur-sollicitation des muscles coaptateurs et nécessite donc une intégrité parfaite de ce système.


Mécanisme lésionnel

Les luxations scapulo-humérales surviennent dans la plupart des sports sur des chutes ou des chocs. Si en escalade les chocs sont rares, les chutes (en bloc) sont fréquentes. Une mauvaise position à la réception sur les bras : et la tête humérale sort de son logement. Notamment le bras en arrière qui place l’articulation en position de faiblesse.
Mais certaines luxations peuvent survenir « dans le mouvement » car notre activité impose parfois des positions particulières. Les éléments articulaires placés en situation de faiblesse associés à une contraction importante de certains muscles peuvent entraîner la sortie de la tête humérale de son emplacement. Cela a été le cas pour Loïc Gaidioz (son interview sur Kairn). L’articulation peut aussi se déboîter sur des réceptions de jeté où le ballant est mal maîtrisé. C’est ce qui est arrivé à Jarno Zwiebel (son interview sur Kairn).
La luxation n’est pas une blessure anodine et peut s’accompagner de complications parfois sévères comme un décollement du labrum (très fréquent, comme pour Loïc), de fractures de la tête humérale (ou plus rarement, de la glène), des atteintes des nerfs ou des vaisseaux passant dans le creux axillaire (sous l’aisselle), voire même, comme pour Jarno, d’un étirement du plexus brachial (c'est-à-dire, pour simplifier, des racines des nerfs du bras).

Prévention
Il est difficile de prévenir un accident purement « accidentel » cependant, le bon fonctionnement du complexe thoraco-scapulo-brachial (TSB) évitera la sur-sollicitation de certaines structures au dépend de leur fonction. Notamment, veiller à la liberté de mobilité de la scapula évite l’augmentation de contrainte sur l’articulation scapulo-humérale.
Correction de la préparation physique :
Étirements de l’ensemble des muscles de l’épaule : rhomboïdes, deltoïdes, grands pectoraux, grands dorsaux, biceps et triceps brachiaux.
Seul, il n’est pas possible de relâcher certains muscles de l’épaule. Faire appel à un kinésithérapeute dans un but préventif, pour lutter contre certaines limitations d’amplitudes, est une démarche à réfléchir. D’autant plus que nous n’avons pas forcément conscience de ces limitations de mobilité. Il vaut mieux prévenir que guérir.

Soins

En cas de luxation, Ne pas chercher à la réduire (remettre en place) seul ou avec l’aide d’une tierce personne. Cet acte médical est à effectuer par un médecin, après vérification de l’intégrité de l’articulation (pas de fracture ou de lésion nerveuse ou vasculaire). La tentative de réduction pourrait aggraver la situation de manière irréversible.

Après une luxation sans complication, le traitement consiste en une immobilisation stricte, coude au corps, d’une durée d’environ 3 à 6 semaines, suivie d’une rééducation intensive pendant plusieurs semaines également.

Lors d’un instabilité (suite à une ancienne luxation), il faudra penser à entretenir la mobilité du complexe TSB ainsi que la stabilisation active par des sollicitations musculaires appropriées. Là encore, la rééducation à titre de prévention ou d’entretien vaudra mieux que de mauvaises récidives.

En cas de récidives trop fréquentes, la chirurgie sera nécessaire.

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